Qui est-il ?

Jérôme Bourgeois-Diaz est né en 1977 dans une famille qui fait du champagne depuis 4 générations. Son père , vigneron, sa mère d'origine républicaine espagnole était adhérente de la confédération paysanne. La bulle et Don Quichotte, la tradition enracinée et le vent nouveau, les liens immémoriaux et la force des nouvelles pratiques. Il est l'enfant de ces deux-là, et ce n'est surprenant de le croiser aujourd’hui sur les chemins de traverse, ceux qui évitent les grandes routes et explorent d'autres horizons, ceux du bio d'abord, et de la biodynamie désormais, dans les pas de Pierre Masson (voir l'article consacré à cette orientation). Voilà qui suppose bien des efforts.

 

Qui est il ? 1


 

Il veille sur 6,5 ha, 3,5 ha de pinot meunier, 2 ha de pinot noir et 1 ha de chardonnay.
Ses parcelles sur un sol argilo-calcaire s'inclinent vers la Marne tranquille et languide qui, dans ses méandres moelleux, prend son temps. Cette paix profonde, cette harmonie, on la retrouve dans ses vins comme dans cette manière qu'il a d'aborder la nature sans brutalité, avec humilité mais aussi volonté rigoureuse.

Ses vignes ont 35 ans d'âge en moyenne.


 

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Il commence son travail de vigneron ici en 2000, mais auparavant il est allé se frotter à une autre vie, celle de commercial en produits industriels dans les Deux-Sèvres.

De taille modeste il aurait aimé aussi être basketteur professionnel ! C'est dire s'il n'a pas froid aux yeux.
Il aime la musique et a même chanté dans un groupe.

 Sous un abord discret il n'est pas la personne effacée que l'on pourrait croire, ses convictions sont solides, ses engagements sont nets. Cette rectitude apparaît dans la culture de la vigne, le travail fin et subtil du chai. Il a vécu bien des angoisses, on ne manipule pas la biodynamie sans quelques frayeurs lorsque le climat se fait capricieux, même infernal, et que les traitements conventionnels sont évidemment proscrits. Il faut alors une bonne dose de volonté pour ne pas verser dans la facilité. Tout son champagne est élaboré sur place, dans son chai avec le même soin. Les levures chimiques et soufre de synthèse sont proscrits ; cela va sans dire, mais cela va mieux en le disant.

Il exporte ses vins aux USA, au Japon en Italie notamment.

Son épouse Charlotte l'épaule dans son travail, et reprend en main la gestion et l'aspect commercial.

 

 

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La terre

 

 

Les gens des marches ( des frontières) ont toujours su cultiver un esprit singulier, une façon d'être plus volontaire, plus indépendante, plus originale. Jérôme Bourgeois-Diaz est de cette espèce , il vit et travaille là où le paysage change selon que l'on est de ce côté ci ou de l'autre de la Marne.


 

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Là des futaies de feuillus et ici des vignes alanguies qui s'étirent sur les pentes. La Champagne commence ainsi.

Il aurait pu vivre paisiblement et faire un champagne parmi d'autres. Une étiquette, une appellation, un confort . Mais lui, il va chercher ailleurs sa raison d'être. Il a décidé de rompre, de ne pas suivre les lignes tracées. Il fait du Champagne en bio ce qui est déjà original, mais mieux encore, il cultive en bio dynamie. Imagine-t-on ce que cela suppose d'audace ?

D'audace mais aussi de joies intimes.


 

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On reconnaît de loin, dans le panneautage cousu des parcelles - le long de la Marne moelleuse - ses vignes. Elles n'ont pas la même couleur, pas la même vigueur. Je le dis parce que je l'ai vu. Le Champagne qui est imaginé là est d'un autre sang. Tout, ici, à chaque instant, est lié à la nature la plus simple mais aussi la plus capricieuse. Pas de pesticide ! Pas d'engrais chimique ! Pas de violence ! La vigne est soignée. Mieux ! elle est aimée. Au fil des ans, elle retrouve ses insouciances anciennes, ses forces considérables, telluriques et naturelles.

Ceci est vrai sur le terrain, cela l'est aussi dans la cave. Jérôme a voulu un pressoir à l'ancienne qui ne chahute pas les grains, qui prenne son temps, qui donne un jus offert mais non arraché. Cela aussi suppose bien du travail et des efforts.

 


 

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Comme les vendangeurs dans la vigne qui vont au rythme des grappes sans agacement ni inquiétude du rendement, les hommes du pressoir tournent autour des grappes amoncelées et vont comme dans un ballet antique pour la « retrousse », cette action qui consiste à brasser les grappes entre deux ou trois pressages, car le raisin ne donne pas tout d'un seul coup s'il est un peu aimé. Il apprécie qu'on se donne du mal. Et ici l'effort est une manière d'être. Un effort de paysan, un effort patient et attentif, un effort qui prend son temps.

Alors, bien sûr dans les bouteilles, ces aventures humaines s'expriment. Ce vin a été plus caressé par la main de l'homme que pas les angles des machines. Il a des émotions à raconter. Ce Champagne dit autre chose que le murmure et le tumulte actuels.

 


 

 

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Le pays

 

A Croutte-sur-Marne le clocher sonne toutes les heures, même la nuit.

Croutte veut dire grotte.

On sent qu'ici s’accote une très ancienne sagesse. Ici la terre domine. Et quelques vérités aussi.

Ici commence la Champagne. Plus loin , plus à l'Est elle sera plate, crayeuse et pleine d 'histoires cruelles.

Là elle est paisible. La Marne oscille et brille, c'est beau comme un tableau de Gustave Caillebotte. Sur cette Marne là on fait du canotage entre les péniches.

Les pentes offertes au soleil versent vers la vallée.

C'est beau.

Parfois la brume s'accroche, comme elle fait en montagne. Il y a alors de la sauvagerie soudaine.

C'est là que Jérôme soigne ses vignes. Six hectares et demi.

Trois hectares et demi de pinot meunier. Deux hectares de pinot noir. Un hectare de chardonnay.

Les ceps ont 35 ans d'âge et puisent dans un sol argilo-calcaire leur substance mystérieuse.

Jérôme incarne la quatrième génération ici.

 


 

 

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La vendange

 

 

Alors viennent les filles et les garçons. Le labeur est rude mais joyeux. Ici on ne travaille pas à la tâche. Personne ne cherche à accumuler coûte que coûte les caisses de raisin. On coupe sans folie, les pieds dans les plantes sauvages : la consoude, la pimprenelle, le mouron blanc ou mouron des oiseaux, le plantain lancéolé, le pissenlit. 

Ici les parcelles s'appellent «  Bien aimée » ou « Les Princes ».

 

Le voisin qui n'est pas en « bio » traite ses vignes en « conventionnel » comme on dit bizarrement. Alors Jérôme veille. Les rangs mitoyens qui ont subi les embruns des traitements partiront à la coopérative... mais pas dans son chai. Ces raisins sont alors mis dans des caisses spécialement identifiées.

 

 


 

 

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Au matin frais encore, le café avalé chez Jérôme, les équipes montent dans les rangs. La besogne dure dans le murmure des conversations et les appels lointains, quand ce n'est pas au rythme de la musique apportée là par « P'tit Miche » qui dispose d'une sono ambulante. Vers 11 h casse-croûte au pâté et vin blanc. A midi repas pris dans la salle commune voisine du chai. A 14 h reprise dans les rangs, journée ponctuée par les appels, «  panier ! », « panier ! » le vendangeur veut alors vider son seau dans la caisse qui sera emmenée par le porteur. Le raisin est ainsi ramassé peu à peu, choyé, dans des petits contenants qui n'écrasent pas la baie.

 

 


 

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Il n'est pas rare que le soir, une poignée de vendangeurs (euses) reste pour partager la soupe, jouer aux cartes et filer au lit avant la reprise du lendemain.

Lorsque la dernière grappe est coupée, le convoi rentre au chai, les tracteurs sont décorés de branchages et les klaxons donnent de la voix. Au passage les piétons saluent la fin du labeur.

 

 


 

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Un dernier repas, plus riche, et largement arrosé est alors servi, il s'appelle « le cochelet ». Cochelet, en vieux français, signifie petit coq, comme ceux qui sont perchés en haut des églises. Jadis le patron recevait en guise de cadeau un bouquet de fleurs sauvages ficelé au bout d'une longue perche, comme un coq sur son clocher. C'était le signal de ces fraternelles libations qui persistent toujours. On dit aussi que, souvent, le menu de ce petit banquet offrait du coq au vin. Une autre source affirme que ce jour là on faisait boire du vin à un jeune coq et que la volaille ivre amusait grandement les convives.

 

Quoiqu'il en soit c'est le meilleur moment pour tout le monde. Le vin est rentré, la paie arrive et cela se fête.

Chez Jérôme le « cochelet » s'appelle « la glane ». C était le moment où, jadis, les champs circonvoisins étaient laissés librement aux glaneurs.

Quand les vendangeurs sont heureux, le vin est déjà bon !

 

 

 

 


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Biodynamie et des vins à une oreille


On aborde là un domaine qui échappe à la science obtuse. La biodynamie est une manière différente de traiter tout ce qui est vivant, à commencer par les sols.
Les codes ont été établis d'abord par Rudolph Steiner au début des années 1920. Pour dire les choses simplement, ils s'appuient sur des modes qui respectent tout ce qui respire, tout ce qui échange, tout ce qui vit.
A la rudesse de la chimie aveugle, la biodynamie substitue des produits doux. A la masse, elle préfère la légèreté et l'intime compréhension. A cela s'ajoutent des notions plus subtiles auxquelles le soleil et la lune ne sont pas insensible. La lune qui fait les marées et suscite parfois les mélancolies... Nier que nous sommes des éléments d'un tout est stupide ; et souhaiter renouer avec des harmonies immémoriales n'est pas absurde. Mieux ! C'est beau et utile. Ce n'est pas ésotérique, c'est logique.

Plus de 1.000 éléments composent le vin.
On recense plus de 250 termes pour évoquer son bouquet (liste établie par l’œnologue mile Peynaud).
Ce n'est plus de la chimie, c'est de l'alchimie. C'est une manière d'équilibre subtil et il faut tenter de saisir les minuscules miracles qui transforment le jus du raisin en flux d'émotions. Car boire du vin c'est croiser des arômes, des saveurs, des idées, des inspirations, des vérités, des histoires romanesques et même, parfois, quelques poèmes.
Le vin qui ne dit rien n'a rien à dire.

Jérôme Bourgeois-Diaz cultive ses 6,5 ha en bio depuis 2001, il a entamé le travail en biodynamie depuis 2009. Il est proche de Pierre Masson (*). La certification Demeter, après plusieurs années de probation a été accordée pour ses vendanges 2015. Imagine-t-on ce que cela suppose pour lui de labeur, de doutes, et de volonté ?

Il serait si simple de puiser dans l'immense réserve chimique et faire comme les autres. Jérôme a choisi l'autre chemin, celui de la douceur et l'absolue exigence. La terre est son amie, elle commence à lui rendre ses efforts.
Ses vignes sont belles, vigoureuses, vives. Elles semblent heureuses- c'est un peu bête d'écrire cela - mais c'est exactement le sentiment qu'elles donnent.

On boit ses vins à une oreille. Ce vin qui fait pencher l'oreille en signe d'approbation... c'est une expression du XVII e siècle... quand la chimie n'existait pas.

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http://www.laclefdesterroirs.com/base-de-connaissance/agriculture/pierre-masson-les-rythmes-lunaires-en-biodynamie

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Pressoir, l'ultime traversée

 

Le pressage du raisin est affaire subtile.
On ne l'imaginerait pas mais le choix du pressoir est essentiel .
Jérôme a opté pour un Coquard ( constructeur champenois depuis 1924), une ancienne maison liée à la tradition. La lenteur est le maître mot, les baies ne sont pas déchirées, pas explosées, tout s'effectue dans une étreinte presque voluptueuse.






 



Ah certes le labeur est ici plus rude, il faut poser les éléments à chaque pressage, relever les grappes deux à trois fois ! C'est l'épuisante « retrousse ». Les muscles entrent à plein dans ce ballet silencieux qu'impose l'effort. Il serait plus simple defaire plus vite et moins artisanal, mais bien sûr le jus serait d'une autre nature.

 


 








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«  Le rapport surface / charge est parfait » estime Jérôme en jaugeant la formidable puissance des vérins paisibles.
Une propreté méticuleuse impose le nettoyage complet entre chaque livraison de raisins.
Pendant la vendange ils sont toujours trois tout autour du pressoir, du matin au soir tard.
Le jus coule sans précipitation, Jérôme fait des prélèvements, surveille, pèse, estime. Peu de paroles. Les deux autres passent d'un pont à l'autre. On dirait un équipage dans une mer agitée, chacun sait son poste, sa fonction. Et le chai avance ainsi immuablement vers les prochaines cuvées en abreuvant les fûts de chêne rangés comme dans une soute ancienne.

 


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